Jan 09

Lorsque l’on est développeur, on aime voir ce que pensent les gens de votre jeu. Ce n’est bien entendu possible qu’après qu’il y ait eu un minimum de communication concernant le jeu sur lequel vous travaillez. Hors justement récemment Zoé est sortie directement sous la lumière des projecteurs.

A ce moment là on s’attends toujours à (ou plutôt on voudrait bien) lire des commentaires chouettes sur le jeu : voir l’attente que le jeu suscite auprès du public car, finalement, le meilleur moment dans le développement du jeu cela reste encore quand vous êtes en planque dans un magasin à épier les gens qui sont en train de l’acheter. Là, on a vraiment un sentiment de complétion, l’impression d’avoir accompli quelque chose, même si bien entendu on ne vient pas de trouver un remède au SIDA.

On peut aussi lire des choses nettement moins sympathique sur son jeu, comme par exemple cet extrait d’un site web où une personne s’exclame :

j’en ai marre des jeux comme ça -_- comment on peut avoir l’idée de créer des jeux comme ça…

J’avoue, à titre personnel, n’être pas un grand fan de mode, je dois dire que je suis loin d’être un fashionista comme Jean-Michel, le type constament-le-mieux-sapé-de-la-boite. Et ce n’est pas grave, pourquoi ? Simplement parce que je ne suis pas la cible de ce jeu.

Zoé, créatrice de mode, fait partie de cette génération de jeux qui ciblent des populations qui n’avaient pas tendance à être de gros joueurs auparavant, voir même à ne pas jouer du tout. Cela fait partie de ces mouvements, un peu comme les filles qui débarquent dans les lan party, qui déstabilisent un peu la population de “gamer” en place. Je suis personnellement plus un fan de Command & Conquer 3, de Mechwarrior et autre Titan Quest et pourtant je suis content de voir des jeux comme “Les Sims“, et autres Léa, passion vétérinaire parce qu’ils permettent de projeter tous le monde dans l’univers du jeu.

Je veux bien qu’on émette quelques réserves sur des jeux “grand public” quand on a pour mémoire certains jeux qui  n’étaient que des coups purement marketing avec très peu de développement derrière. Mais je peux vous assurer que Zoé, ce n’est pas ça, Zoé c’est le fruit de plusieurs mois de développement, par une équipe dédiée à la tache et des individus qui veulent vraiment épater la gallerie et en faire un jeu fort.

Mais bon, je trouve toujours cela curieux de voir d’un coté des “hardcore gamers” qui ne supportent plus d’être stigmatisés par certaines associations bien connues des tribunaux et d’un autre côté considérer que le jeu vidéo est leur chasse gardée où un jeu est bien à partir du moment où il y a du sang sur les murs. Surtout quand on considère des supports comme les dernières consoles Nintendo qui permettent vraiment une démocratisation du jeu. Par exemple, depuis la sortie de la Wii, ma soeur joue, et même mon père qui est à la retraite depuis plusieurs années a pour la première fois joué à un jeu vidéo.

Alors acceptons tous le monde au sein de la communauté du gaming, elle n’en sera que plus forte.

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15 Responses to “La mode ne passera pas par moi.”

  1. Gilles says:

    Le truc, c’est que les gamers se rendent pas compte du boulot qu’un jeu suscite ! (Ou ne veulent pas s’ne rendre compte..). On peut pas toujours sorti le jeu de l’année (si on prend la définition du “jeu de l’année”, logiquement y’en a que un par an qui sort :p )
    Alors forcément, quand on a passé plusieurs mois de boulot intense sur un jeu, et qu’on voit des gens qui vous descende tout ça en une petite phrase sarcastique…ben je comprend que ça deçoivent un peu…
    Je pense que les gens devraient plutot mettre des commentaires du genre “C’est bien, mais dans son genre” ou “Pour ceux qui aiment ce genre jeu, il à l’air bien fait”.
    C’est un peu comme dire “Les épinards c’est déguelasse” au lieu de “J’aime pas” …
    Bref un appel est donc lancé : respectez le boulot des autres ;)

  2. Kr00pS says:

    Gilles: un peu dans le même genre, c’est comme ceux qui veulent faire programmeur de jeux vidéo car ils aiment jouer, se rendent pas compte du temps que ça prend, et les phases pas marrantes qu’il y a dans un projet (du peu que j’ai vécu :p).

  3. Mokona says:

    Demander aux peupleurs de forums ou bien à des “journalistes” auto-proclamés de respecter le boulot de autres et/ou de comprendre que l’intégralité des jeux ne s’adressent pas forcément à eux, c’est demander la Lune.

    Ne serait-ce que parce que, pour ces pseudo-journaliste, une bonne partie du fun du métier consiste à pouvoir médire. Et que dans leur cas comme dans le cas du gamer, la compréhension du métier du jeu vidéo est fantasmé.

    Il y a pire je trouve que le “ce jeu est naze” (même si il est difficile d’en être vacciné), c’est le “sont nuls de pas avoir pensé à ça (= une idée gameplay, un contrôle particulier,…), ils devraient m’engager”. Tout en n’imaginant pas que leur “killer feature” a probablement été testé, prototypée ou bien écartée car trop couteuse ou bien que sais-je encore.

    Ca, c’est pénible.

  4. Mokona, je pense que tu as parfaitement résumé le problème.

    Et il est vrai que le pire est quand le gamer est convaincu d’avoir l’idée du siècle face à une industrie envahie d’incompétents.

    Pour avoir été fortement impliqué sur le concept de “Fashion Designer: Style Icon” (alias “Zoé, Créatrice de Mode”, il est clair que nous avons mis nos tripes dans ce produit.

    Mais il est vrai que les premières communications sur le projet n’ont par exemple pas encore présenté les Mites (THE ennemies du jeu complètement délirantes) qui prouveront que le jeu ne se prend pas réellement au sérieux.

    Le jeu touchera sa cible, nos premiers tests sur les enfants le prouvent. Ma nièce adore !
    Et après tout, c’est tout ce qui compte, non ?

  5. Si ta nièce nous prends 100.000 pièces ça serait un bon début.

  6. J’entendais bien que ce qui comptait était qu’on touche la cible … pas que ça plaise uniquement à ma nièce, hein =)

    Mais ça tombe bien, elle avait 4 millions d’euros à dépenser, justement !

  7. C’est marrant car j’ai eu cette reaction de rejet quand la France à acheté la coupe du Monde au Brésil en 1998, en effet en tant que brésilien pur souche né à Paris et élévé dans les écoles de la République Française, il m’était incocevable que des pieds carré puissent être les champions du monde… J’ai pesté crier sur tout les toits que ce n’était pas bien etc… j’en ai même presque été dégouté du football…
    Je pense que ce phénomène est un cas sociologique en fait, en effet à chaque fois qu’une élite s’est sentie mise en danger dans son statut par la masse populaire ces réactions ont été très vives. Pour schématiser un individu unique vient à adherer à un autre groupe restreint car celui-ci lui permet d’obtenir un statut social differencié, mais dès que ce groupe isolé ne le devient plus, une partie des individus rejettent l’ouverture de manière plus ou moins violente et crée en général des groupes très extremiste à la limite du sectarisme.
    Malheureusement ce n’est pas le jeu vidéo qui est seul concerné mais bien la société dans son ensemble…

  8. Flip says:

    Je crois que ce n’est pas uniquement un problème sociologique. Ca à l’air d’être un jeu qui a été developpé dans le but de gagner du pognon et pas par pure passion pour les jeux videos ( on me fera pas croire qu’un jeu de couture sur DS peut etre un objectif hautement motivant et apportant une grande satisfation personnelle ), même si tout le travail necessaire a été fait pour en faire un bon produit. Je pense qu’il s’agit la, aumoins en partie, d’un sentiment de frustration parce qu’on a bien fait son job mais que le projet, même si il apporte du pognon, ne satisfait pas le besoin d’accomplissement personnel (la fameuse pyramide).

  9. Je pense que là tout simplement tu te goures sur les motivations des gens. Cela fait environ 8 ans que je bosse dans le jeu vidéo et j’ai jamais bossé sur un type de jeu qui me branche à titre perso. Le JV pour un programmeur c’est un monde dans lequel on bosse sur plein d’algo super kiewl, mais on a rarement un feeling sur le jeu final. Donc pour pas mal de dev, le type du jeu, ça a pas trop d’importance.

    Maintenant le secret de l’industrie ; oui on fait des jeux pour gagner de l’argent, sans argent pas de studio de dev et pas de nouveaux jeux. Combien il y a-t-il de gens qui ont bossé sur Gear Of Wars et qui n’aiment pas les FPS ? Sans doute pas mal ! Et pourtant cela reste un putain de bon jeu.

    On pourrait donc aussi leur dire “vous faires du jeu pour de l’argent”, mais dans leur cas la différence : c’est qu’ils font un jeu qui s’accorde avec le concept que tu te fais de ce à quoi doit jouer un développeur de jeu.

    Et pour info, dans l’équipe on a des gens qui sont vachements branchés à titre perso sur le jeu. Donc tu peux croire ce que tu veux, mais en l’occurence les faits sont têtus.

  10. Strass says:

    @Flip

    Pour ma part, à partir du moment où on a commencé à parler de “l’industrie du jeu vidéo”, j’ai plutôt capté assez vite que c’est plus des mecs qui bossaient dans leur cave et que ce n’est pas plus des mecs qui jouent toute la journée au boulot. De ce fait, je ne vois pas trop rapport entre le jeu final et ce que les gens font dessus.
    Et si je suis bien ton raisonnement, seuls les fillettes de 8 ans s’éclateraient à programmer un jeu pour les fillettes de 8 ans ?

  11. Flip says:

    Je me suis mal exprimé, et mes propos étaient un peu trop virulent, peut etre parce que c’était mon dernier jour de congé. Je vais donc nuancer un peu.
    J’ai l’impression que vous pensez que j’attaque votre travail mais ce n’est pas le cas du tout. Je n’ai jamais joué a “Zoe..” et connaissant de loin l’oeuvre du patron (et faisant parti de ceux qui ont terminés un certain “Desperados”) je fais toute confiance a creative-patterns pour le jeu soit un produit bien ficelé.
    Ayant moi même participer au developpement d’un jeu non destiné aux harcore gamers de base, j’ai moi aussi ressenti ce sentiment de “pourquoi tant de haine” envers “mon bébé”. Il y’a sans doute une partie de sectarisme de la part des gamers. Mais j’ai aussi cherché le problème du coté humain du developpeur :
    On a pas un avis objectif sur un projet dans lequel on s’est investit au niveau professionnel comme au niveau sentimental. Nous sommes, pour la plupart des hommes de l’ombre cherchant, consciemment ou inconsciemment, l’approbation des “clans” auxquels nous appartenons c’est à dire, pour la majorité des devs (en tout cas de ceux que je connais), entre autres,le clan des joueurs plus ou moins assidus.
    Ce que je voulais dire en bref c’est :
    - que l’impression de rejet que ressent l’auteur du billet est amplifié par son implication dans le produit.
    - et que cet impression de rejet provient, je pense, au moins en partie, que l’Homme cherche la reconnaissance des ses pairs. Reconnaissance qui ne change rien au travail fournit pour boucler le projet mais qui apaise bien la soif du sentiment d’accomplissement.

    @Strass

    Je ne sais pas ce qui t’as fait croire que je pense que CP n’est pas avant tout une entreprise dans une industrie.
    J’aurais du choisir un mot moins péjoratif que “pognon” car je ne voulais pas dire qu’il y a un quelconque problème a gagner de l’argent en faisant des jeux. Revenons à “Zoe…”, je te propose 2 scenarii simplifiés qui auraient pu lancer creative-patterns dans la direction de ce jeu:
    scenario 1:
    -chef : bon on va pas mettre tous les oeufs dans le meme panier, on va lancer d’autres projets en // à notre jeu phare. Des idées?
    -dev1 : je suis content que t’en parle, la team reve depuis toujours de faire un jeu autour de la mode.
    scenario 2:
    -chef : bon on va pas mettre tous les oeufs dans le meme panier, on va lancer d’autres projets en // à notre jeu phare. Des idées?
    -dev1 : La plateforme avec laquelle nous pouvons toucher le plus de gens c’est la DS. En plus comme il’y a pas de grosse 3D etc.. ce sera un investissement moins important, donc moins risqué avec un ROI plus court.

    Quel est le scenario le plus réaliste d’après toi? Pour moi c’est le 2 car partant d’une logique business . Mais honnetement ça te botterait pas un jour, de bosser sur projet que t’as en tête depuis longtemps? genre une simulation hyper pointue à la LockON ou GTR meme si le marché pour ce genre de jeu est très restreint. C’est très rare,ça marche encore plus rarement,mais certains l’ont fait.

    Ensuite je n’ai jamais dis que l’on ne peut pas s’eclater si on programme sur un jeu qui nous pas est destiné. En fait je voulais simplement dire que participer au developpement d’un jeu qui serait mon nirvana de joueur m’eclaterais encore plus que de participer à la création d’un jeu qui ne m’est est pas directement destiné. Je sait c’est utopiste et enfantin pour certain, mais voila le JV c’est ma passion.

  12. Strass says:

    @Flip

    Admettons que je suis un super fan de FPS et que je suis développeur dans une boîte de jeu vidéo. Tu penses donc que je m’éclaterais plus à bosser sur un FPS qu’un autre jeu ? Parce que, si ça se trouve, sur les 25 mecs qui ont bossé sur le jeu, je suis celui qui a fait la modélisation des plantes vertes. Alors bon, ton raisonnement est un peu bancal.
    Ce que je voulais dire au travers de mon commentaire précédent, c’est que les boîtes des jeux vidéos sont aujourd’hui constitué de dizaines de gars, et plus de 2 ou 3 personnes. De ce fait, il y a au final peu de chance de s’éclater à programmer ce qui nous éclate à jouer.

  13. Flip says:

    @Strass

    Oui ce que tu dis n’est pas faux, après il y a d’autres paramètres comme la taille de l’équipe et la tâche qui nous incombe. Mais si ça se trouve ton truc c’est de pondre les meilleure plantes (même si c’est qu’une feuille admettons) qu’on ai vu, et cadeau bonus tu peux non seulement dire que t’as pondu des super plantes, mais aussi que tu les as pondu pour un projet qui te botte a mort en tant que joueur. Moi ça me plairait en tout cas. Si on suit ton raisonnement, le produit fini tu t’en balance, l’important c’est que tu prenne plaisir à produire ton travail. Très bien, pourquoi pas, mais si on continue encore dans ton raisonnement tu pourrais parfaitement travailler dans une banque ou chez SAP et prendre tout autant plaisir à ton travail à programmer un morceau de module de statistiques bien tordues pour les entreprises du secteur metallurgique. Moi je suis dans le JV parce que j’aime ça ,et si en bossant avec tout une equipe on sort un truc qui donne envie aux gens d’y jouer,c’est deja genial, mais si en plus le produit fini donne qqchose qui reponds à tes attentes de joueur, c’est encore mieux, et pour moi encore un boost de motivation.

  14. Flip, a propos de tes scénarios, il se trouve justement qu’ils n’ont rien d’incompatibles, le scénario 2 appuyant le scénario 1. C’est pas souvent le cas je te l’accord, mais ça arrive.

  15. + 1 pour Klaim
    Ne serait-ce que par le fait que nous avons une fille dans la boîte qui s’est super éclatée sur ce projet (de graphiste, elle est devenue aussi game designer additionnel).

    Et perso, j’ai toujours été fan de jeux atypiques (Shadow Of The Colossus, and co), jeux d’aventure, RPG, etc… je fais mon propre RPG amateur en parallèle à mon activité pro.

    Mais quand je vois ma nièce de 6 ans essayer la démo de Zoé, et voir qu’elle adore réellement le jeu … là, c’est le Nirvana. Elle s’est tant plainte de pas trouver de jeux pour elle (console de son frère) et voilà qu’elle s’éclate à un jeu de mode sur DS.

    Comme disait Jean-Michel, notre chef de projet: “Le jeu de mes rêves, je préfère que quelqu’un d’autre le fasse à ma place, pour que je puisse le découvrir et prendre mon pied”.

    C’est un fonctionnement totalement cohérent et que je partage en partie.

    Je pense que chaque partisan de l’industrie a sa propre vision des choses. A la fin d’un développement, après en avoir chié, on finit par haïr son propre produit, le connaître par coeur et voir tous ses défauts. D’autant qu’il ne correspond jamais à ce qu’on aurait réellement voulu au fond. Jamais.

    Alors franchement, je ne vois pas pourquoi tout le monde serait motivé par créer le “jeu de ses rêves”. Je développe un RPG que j’adore, je suis fier de ce que je crée. Mais je prends autant de plaisir à créer Zoé pour voir ma nièce y jouer.

    Mon but dans ce métier est que les gens prennent du plaisir, que ce soit par un jeu qui me correspond ou pas.
    Le reste, c’est complètement secondaire.

    A la limite, j’aime bien avoir des proches qui accrochent au projet, qui me disent “franchement, c’était chouette”. Mais c’est pas forcément un jeu qui me correspond personnellement.

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